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Sunset Boulevard

« Personne ne quitte une vedette. C’est le privilège des vedettes » affirme Norma Desmond. Cette star sur le déclin, qui perd peu à peu la tête n’a qu’une obsession : se revoir à l’aube de ses 25 ans, et s’exposer sous le feu des projecteurs, comme elle le faisait si bien jadis. Quand, par hasard, arrive chez elle un scénariste criblé de dettes, elle élabore un plan : lui faire réécrire le scénario qu’elle rédigea avec son cœur pour marquer son retour devant les caméras. Lui, accepte. Une relation symbiotique se nouera entre les deux. Lui a besoin d’elle et elle de lui. Un grand film très dense et qui regorge d’idées et de thèmes.

                Un hommage au cinéma d’époque grâce à des acteurs exceptionnels

Billy Wilder rend, avec ce Sunset Boulevard, un hommage au cinéma d’époque. Il parle, comme l’a fait également Stanley Donen (Chantons sous la pluie) ou plus récemment Michel Hazanavicius (The artist), du passage de deux époques cinématographiques différentes. Comment le muet est-il devenu parlant, et quelles sont les conséquences pour les grandes vedettes de l’époque ? C’est avec un fond nostalgique qu’il raconte l’histoire de cette actrice, Norma Desmond (incarnée par la brillante Gloria Swanson) passée du jour au lendemain, comme le veut si bien Hollywood, de la lumière à l’ombre. La psychologie de ce personnage, creusée et travaillée, fait de Norma un être féroce et pourtant suscitant la pitié. Et c’est dans la toute dernière scène du film, digne d’une grande tragédie, que le véritable caractère de Norma est mis en relief. La gloire et les paillettes peuvent-elles rendre fou ?

Autre point fort du film : y avoir mêlé des artistes d’époque. Buster Keaton, entre autres, qui fait une apparition, ainsi que le grand Cecil B. De Mille (réalisateur des Dix Commandements ou Cléopâtre). Cette présence n’est d’ailleurs pas dû au hasard, puisque Gloria Swanson, comme son personnage, Norma, était une actrice fidèle de De Mille. C’est là que pour parler du passé, Wilder confond réalité et fiction, et donne ainsi davantage d’authenticité à son film, en passe de devenir culte.

Norma Desmond aux côtés du réalisateur Cécil B. De Mille

Producteurs, réalisateurs, acteurs

Wilder accorde également une grande importance à ceux qui travaillent derrière la caméra, mais qui ne profitent pas de la gloire qu’ils devraient pourtant justement recevoir. Seuls les acteurs, et cela demeure vrai aujourd’hui encore, sont vantés, adulés, adorés. Les autres continuent à patauger dans l’ombre. Et c’est une des idées émanant également de Sunset Boulevard. William Holden en fait d’ailleurs la remarque dans une de ses répliques. Les gens ne s’intéressent pas à ceux qui écrivent les films, pourtant essentiels. Seules les « grandes » vedettes comptent !

Alors pour combler ceci, Wilder lève le voile sur l’envers du décor. Il rentre au cœur des studios de la Paramount (qui eux-mêmes produisent Sunset Boulevard) et filme les machinistes, les techniciens, les maquilleurs, etc. Bref, tous ceux qui se trouvent dans la phase caché d’un film. C’est d’ailleurs là, dans ce même studio, que l’on croise Cecil B. De Mille en plein travail. Wilder rend ainsi la gloire aux équipes techniques qui participent eux-aussi à l’élaboration d’un long métrage.

Mais, Wilder ne montre pas Hollywood sous un jour tout rose. On ne perce pas comme l’on veut dans cette industrie du cinéma. Il faut en vouloir, se donner, s’arracher au travail. Et si jamais nos compétences s’effritent et perdent de leur intérêt, on n’hésite pas à vous laisser de côté un moment, ou toujours. Alors que Joe Gillis (le scénariste incarné par Holden) se bat malgré ses dettes pour continuer à produire quelque chose, d’autres sont peu à peu effacés. Et Norma en fait partie. Il y a longtemps, son visage éclairait les salles. Maintenant elle vit retirée dans un manoir sombre, avec toute sa fortune certes, mais dans la morosité de l’oubli. Le temps passe et il faut courir avec, sinon il vous laisse et vous double, vous laissant là, baignant dans la nostalgie et les souvenirs d’antan.

Les oubliés du cinéma

C’est là que Wilder aborde les acteurs d’autrefois, ceux qui ont eu leur instant de gloire et qui ont sombré, décliné. La gloire rend-elle heureuse ? Non. Certainement pas et  au contraire, elle peut vous rendre fou. On vous met sur la touche. Vous coulez progressivement. Vous vous adorez encore, regardant uniquement des films où vous étiez la vedette. Mais autour, tout le monde vous a oublié. Et quand vous vous en apercevez, alors la folie vous guette et s’empare de vous. Tel est le processus dépeint par Sunset Boulevard.

On pense alors à toutes ces stars, de toutes époques, qui a un instant donné ont vu leurs noms en haut de l’affiche, et, avec le temps et les progrès, se sont vu lentement oubliés et ont été remplacés par d’autres. Toutes ces stars qui sont arrivés finalement au crépuscule de leur carrière. Et le titre prend alors tout son sens : Boulevard du Crépuscule. Sunset Boulevard.

Ce thème mélancolique et déchirant, abordé avec finesse par le film, rappelle au spectateur qu’il vaut mieux profiter de l’instant présent. Qui sait ce que réserve les jours futurs. Carpe diem.

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