Les Dossiers

Quand l’école s’invite au cinéma : un film par jour

Célèbre photographie de Robert Doisneau

Célèbre photographie de Robert Doisneau

Le ciel se voile. Les nuages grisonnants s’amoncellent et commencent à cracher une pluie fine. La terre s’en imprègne, et commence dès lors à dégager une odeur typique de ce mois de septembre : celle de la rentrée scolaire.
Les cahiers neufs sont entreposés en piles sur les étagères. Le cartable (sac à dos, ou sac à main) et la trousse en cuir sont fin prêts.
Pour certains, la rentrée scolaire prend l’allure d’un horrible cauchemar et signe le début d’un long et dur labeur, entre professeurs éternellement insatisfaits et corvée de devoirs. Pour d’autres encore, elle marque les retrouvailles entre copains, ou copines.
Qu’il est dur donc pour certains de passer brusquement du chaleureux été entre plages, soleil et potes, au douloureux enfer de la rentrée des classes !
Aussi, pour remettre dans le bain nos amis cinéphiles (écoliers, collégiens, lycéens ou étudiants), nous vous avons concocté une jolie sélection de films, touchant de près ou de loin à l’univers scolaire. Pendant les premiers instants de septembre, nous rajouterons chaque jour un film à notre liste.
Cette sélection n’a ni pour but d’inciter les étudiants à pratiquer l’école buissonnière afin de se gaver de mets cinématographiques, ni de décourager les potentiels travailleurs dans leurs tâches scolaires. Il s’agit seulement d’un petit clin d’œil à tous nos jeunes qui rejettent délibérément, raisonnablement et en toute bonne conscience, l’abjecte marché du divertissement cinématographique de masse. Ou bien est-ce un moyen de vous replonger en douceur dans l’infâme milieu éducatif et scolaire ?

RUSHMORE

Le film : Wes Anderson, commençait déjà à construire son équipe de potes. Ainsi, outre sa collaboration avec Owen Wilson (l’ami d’enfance avec qui il écrit le scénario du film), il donne le premier rôle à Jason Schwartzman, que l’on retrouvera également dans les prochains films du réalisateur : A Bord du Darjeeling Limited, Fantastic Mr. Fox (il prête sa voix à …), ou bien encore Moonrise Kingdom. Un lien fort naît alors entre Anderson et Schwartzman, désormais bons amis. Rushmore se concentre sur Max Fischer, intégré à l’école privée de Rushmore, mais se passionnant plus pour les activités extra-scolaires, que pour le programme d’enseignement dispensé par l’établissement.

L’école : Wes Anderson s’intéresse, une fois de plus, au monde de l’enfance, et particulièrement de l’adolescence. Grâce à la photographie très linéaire de Robert D. Yeoman, devenue marque de fabrique du style Anderson, et à la musique additionnelle, le réalisateur autodidacte dépeint un univers scolaire très pop, voire même rock’n roll. Le lycée devient un terrain de jeu et de distractions, plutôt que le chemin vers l’apprentissage et la connaissance. Et c’est beaucoup plus fun !

Rushmore

LES QUATRE CENTS COUPS

Le film : Comme le titre l’indique, la caméra de François Truffaut suit scrupuleusement les pas d’Antoine Doisnel (début de carrière pour Jean-Pierre Léaud) jeune garçon à la vie rude, s’adonnant aux quatre-cent coups. Alors qu’il vit dans un contexte familial plutôt bancal, et qu’il fuit l’école comme la peste, Antoine Doisnel se passionne tout de même pour la littérature, les grands auteurs, et notamment Honoré De Balzac. Un film novateur, intelligemment pensé, écrit par Truffaut lui-même, et largement représentatif et initiateur de la célèbre Nouvelle Vague. Prix de la mise en scène, Cannes 1959.

L’école : Dès les premières minutes, Truffaut filme l’école. Les bancs, les pupitres, les encriers, les bons élèves, les cancres, et le professeur, forcément rigide. Le jeune Doisnel est cloîtré donc entre quatre murs, et reçoit une (probablement) énième correction. Le ton est donné. Dans Les Quatre Cent Coups, le système scolaire, bien trop similaire à l’ambiance carcérale, ne contribue pas à la jovialité de l’enfant, et ne comble pas un besoin évident : son désir de liberté et de découverte.

Les 400 coups

ENTRE LES MURS

Le film : Paris, 20ème arrondissement. François, professeur de français est confronté à une classe difficile. Avec diplomatie (mais pas que), et face à ses collégues, il se battra corps et âme pour essayer de sauver le bon fond de ces mômes perdus, souvent irritants. Laurent Cantet, en 2008, peut se vanter de brandir à Cannes la célèbre palme d’or, remise par le jury de Sean Penn.

L’école : Avec Entre les murs, Laurent Cantet remet en question l’intégralité du système scolaire, et s’attaque aux failles de l’éducation nationale. Cantet les expose sous sa caméra, avec un réalisme frappant, très proche du documentaire : profs inefficaces, laxistes ou trop rigides, problèmes d’éducation, choc des cultures, absence de diplomatie, sens de la discipline trop aiguë, voire irréfléchie, etc. D’une salle de classe et des bruits de récréations, Cantet finira par y faire ressortir un goût mélancolique ou nostalgique, laissant les questions trotter dans la tête de son spectateur.

L'équipe d'Entre les murs, à Cannes, pour une photo  ... de classe !

L’équipe d’Entre les murs, à Cannes, pour une photo … de classe !

LE CERCLE DES POÈTES DISPARUS

Le film : Avec 3 oscars recus en 1989, Le cercle des poetes disparus est un des films les plus reconnus de Peter weir (Truman Show, Master and Commander). Il relate l’histoire de Todd (Ethan Hawkes), envoyé dans une école très réputée des Etats-Unis. Il y fait la connaissance d’un professeur de lettre, Mr Keating (Robin Williams), qui, sur la base de la maxime latine Carpe Diem, encourage le refus du conformisme et le goût de la liberté. Todd et ses amis vont par la suite redonner vie au cercle des poètes disparus, un groupe de jeunes étudiants à l’esprit libre et onirique, initié par leur professeur.

L’école : L’académie Welton est une académie prestigieuse et réputée pour être l’une des plus fermées et austères des États-Unis. Les élèves y entrant sont dans l’obligation de réussir, et subissent chaque jour la pression de leurs professeurs. Dans ce film, c’est donc le système scolaire très rigide des grandes académies américaines des années 50 qui est dépeint.

Le Cercle des poètes

DETACHMENT

Le film : Un professeur remplaçant (Adrien Brody). Un lycée de banlieue new-yorkaise. Des élèves à aider, à corriger, à reprendre, à aimer.

L’école : Tony Kaye est plutôt du genre à voir le verre à moitié vide. Avec Detachment, il apporte une vision extrêmement pessimiste du système éducatif américain. Les profs, les psys, toute le système scolaire presque, se battent pour refaire l’éducation normalement dispensée par un père et une mère. Le lycée est gris. Les rues aussi. Et tout va mal. Detachment c’est un appel, un cri, un S.O.S. Et bien sur, après une heure et demie de pessimisme gratiné, personne n’aura envie de retourner à l’école, ni même de retrouver une seconde jeunesse.

DETACHMENT

GRAINE DE VIOLENCE

Le film : Glenn Ford se retrouve confronté à une classe perturbée, et cherche désespérément la bonne manière de serrer la vis, et éradiquer les problèmes causés. A ses risques et périls.

L’école : En 1955, les voyous courraient déjà les rues dans les films, et troublaient les bancs de l’école. Le cinéaste Richard Brooks interroge : Où donc réside le problème ? Dans l’immigration ? Dans l’absence d’éducation ? Et si le problème provenait de l’Amérique elle-même ? Il peint ici les rues américaines sans aucun fantasme. Adieu l’Amérique rêvée. Dans Graine de Violence, les ruelles sont sombres, et regorgent de violence, au détriment de l’Éducation, totalement éprise de désespoir. Une vision globalement pessimiste, mais qui finit par trouver son issue avec une « graine d’espoir ».

Glenn Ford, professeur désillusionné.

Glenn Ford, professeur désillusionné.

ELEPHANT

Le film : Pour son deuxième volet du triptyque sur la « jeunesse et la mort » (Gerry, Elephant, Last Days, auxquels on peut éventuellement rajouter une œuvre postérieure, Paranoid Park), Gus Van Sant s’inspire du massacre de Colombine aux Etats-Unis, et signe une œuvre froide et percutante, palmée d’or à Cannes, en 2003, soulevant ainsi la polémique.

L’école : Elephant suit pendant un peu moins d’une heure trente une poignée d’élèves dans leur activités quotidiennes, quelques instants avant le massacre perpétré par deux jeunes du même lycée. Bien sur, les lieux et les personnages ont été changés, mais il est évident que Van Sant s’inspire de Colombine dans les faits. Toutefois, selon la propre volonté de Gus Van Sant, le film reste complètement neutre sur les motifs de l’acte de ces deux lycéens, et bien que de nombreuses questions soient soulevées, aucune n’est résolue par l’image elle-même. Ouvrant ainsi le débat et la réflexion, Gus Van Sant remet implicitement en question l’éducation, mais également l’intégralité de la société américaine.

Elephant

LA VAGUE

Le film : Très librement inspiré d’une expérience menée par le professeur Ron Jones en 1967 en Californie, La vague raconte l’histoire d’un enseignant qui, voulant prouver à ses élèves qu’un régime autocratique pourrais revenir sans que personne ne s’en aperçoive, met en place une expérience pendant une semaine. Elle consiste à créer une communauté en partant sur la base des attributs d’un régime autocratique. Au fur et à mesure, cela prendra des proportions importantes ..

L’école : L’école filmé dans ce film est un lycée banal. On y voit tout les stéréotypes des adolescent d’aujourd’hui. Les anarchistes, l’intello, l’élève bancal, le couple à problème ; et on y retrouve tous les problèmes qui touchent les jeunes (tempêtes amoureuses, difficultés d’intégration, etc). C’est dans ce lieu aussi, que va se développer et dégénérer l’expérience entreprise par un professeur en décalage avec l’institution. L’atmosphère scolaire ne fait-elle qu’attiser le feu ? A vous de juger…

LaVague

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Une réflexion sur “Quand l’école s’invite au cinéma : un film par jour

  1. Tiens je ne le connaissais pas ce Wes Anderson, merci pour l’article, encore un film à voir. Les quatre-cents coups, l’une des références de la nouvelle vague emmené par un gamin au talent précoce Jean-Pierre Léaud, un film très personnel et autobiographique à ce qu’il parait.

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