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[NOTRE AVIS] 3 coeurs, un mélodrame vaudevillesque signé Benoît Jacquot

Après de fabuleux Adieux à la reine, Benoit Jacquot continue de nous montrer qu’il est devenu une des valeurs sûres du cinéma d’auteur français. Son dernier film, 3 cœurs, en est une nouvelle preuve.

Catherine Deneuve et Benoît Poelvoorde

Dès les premières notes de musique (composée par Bruno Coulais), le décor est planté: le ton est grave, lourd, pesant, oppressant même. Une des caractéristiques fondamentales du cinéma réside dans la liberté de ton offerte à un cinéaste lorsqu’il aborde un scénario. Avec une histoire donnée, un cinéaste peut vous conduire dans 1001 directions différentes. Le pitch de 3 cœurs, aurait pu, dans les mains d’un Billy Wilder ou d’un Ernst Lubitsch, devenir une comédie drôle aux accents burlesques. Pétris à la sauce Jacquot, il sera dans ce film le terrain d’un mélodrame fidèle à la tradition du genre.

Benoit Poelvoorde campe ici un quadra, contrôleur des impôts : Marc. Monsieur-tout-le-monde aux prises avec ses névroses profondes, ses aventures amoureuses alambiquées et bousculées par l’ironie du destin. Il fallait tout le talent de Poelvoorde, qui remplace Vincent Lindon initialement prévu pour le rôle, pour nous faire pénétrer avec tant de fragilité et de tourments intérieurs dans ce personnage. Le visage tiraillé par l’angoisse, le démarche tendue, le malaise permanent et palpable et la voix chevrotante de l’acteur donne à ce personnage toute son ampleur et sa profondeur.  Le trio d’actrice composé par Charlotte Gaisbourg, Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve est quant à lui dirigé avec beaucoup de précision et de talent par Benoît Jacquot. Chaque séquence apporte son lot de tension et de suspense, tant la caméra sait être allusive et se jouer du spectateur en utilisant de très légers détails pour glisser notre œil dans le trou de la serrure. Le scénario vaudevillesque de 3 coeurs voit un homme épouser la sœur d’une femme dont il est tombé accidentellement amoureux (et qu’il n’a hélas jamais pu revoir), tout en ne connaissant pas les liens qui unissent les deux femmes. Sur cette base narrative, la mise en scène se plait à  jouer du personnage de Marc afin qu’il soit toujours à deux doigts de découvrir le pot aux roses. Mais le film adopte une tonalité plus mélancolique et utilise ce dispositif pour explorer en profondeur les émois de chacun des protagonistes.

Nous savions que Benoit Jacquot n’était pas un franc tireur de la comédie potache, mais ici il pousse à son paroxysme la noirceur et la dépression. Il y a bien peu d’espoir dans ce récit traversé par une permanente déception qui semble s’abattre sur tous les personnages. Le spectateur, également pénétré par la mélancolie, a peu de chance de rester insensible à ce film aussi maîtrisé qu’attachant.

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