Avis / Critiques/Cinéma

[NOTRE AVIS] Les nouveaux sauvages, le chaos jubilatoire de Damian Szifrón

Avec Les nouveaux sauvages, l’argentin Damian Szifrón tisse une toile hilarante sur la bêtise et la folie humaine, et sur l’absurdité de notre société. Complètement jouissif !

Les nouveaux sauvages

Lors de la conférence de presse annonçant la liste des films en compétition pour le 66ème Festival de Cannes, le délégué général Thierry Frémaux, qui coordonne la sélection, avait prévenu un pare-terre de journaliste que le nouveau film du cinéaste argentin Damian Szifrón serait une curiosité aussi étrange qu’indéfinissable. Un passage cannois et huit mois plus tard, Les nouveaux sauvages s’apprêtent à mordre, sur les écrans tricolores. Et en effet, il sera bien difficile pour le spectateur de définir précisément un genre auquel s’identifie le long-métrage produit Pedro Almodovar. Film à sketch reposant sur six scénarios parfaitement millimétrés, Les nouveaux sauvages est en fait un mélange de styles, qui brasse à la fois les terres dramatiques et comiques (l’humour décapant demeurant la tonalité majeure de l’œuvre), effleure parfois le thriller et le romantisme, tout en gardant en trame de fond un crédo qui pourrait ressembler au fameux et contesté « on peut rire de tout ». De tout, oui, car Szifrón expose ici la preuve que la misère et la nature humaine est finalement parfaitement risible. Sans se départir d’un humour noir, acide, corrosif, et bien sûr politiquement très incorrect, le cinéaste observe la bêtise humaine, et filme l’étrange folie qui en découle. Mais il pourchasse aussi une société confuse et névrosée, un système où la crédibilité de l’autorité s’étouffe et meurt à petit feu, et se retrouve souvent être la genèse de la perte de contrôle de certains personnages. Ces protagonistes deviennent des êtres ébranlés, des nouveaux sauvages qui s’affrontent en s’empoissant, en déféquant sur des pare-brise, en détournant des avions de ligne ou en dynamitant des rues pour venger leurs conflits personnels. L’œuvre de Szifrón prend la forme d’un grand n’importe quoi, un délectable chaos, où les sauvages pétages de plombs des personnages dominent sans logique ni limite. Chaque sketch complète l’autre, et forme finalement une étrange boucle, où tout semble avoir été écrié.

Les nouveaux sauvages

Les nouveaux sauvages puise son énergie diabolique dans la mise en scène fougueuse, jeune et dynamique de Damian Szifrón, qui ne laisse quasiment aucun temps mort à ses intrigues, et provoque donc des crampes à nos zygomatiques. Il met en scène une horde de comédiens enragés et survoltés – parmi lesquels on retrouve l’excellent Ricardo Darin – qui impressionnent par leur occupation du champ, et imposent leur présence et leur jeu animal devant la caméra, jusqu’à rendre leurs situations et leurs infortunes complètement jubilatoires. Contrairement à ce que prétendront les détracteurs, il n’y a donc que très peu d’inégalités  dans l’œuvre de du réalisateur argentin.
Le montage explosif se superpose à la nouvelle brillante composition musicale de Gustavo Santaolalla, et tient en haleine un spectateur submergé par la délectation et la jouissance des faits dans cette œuvre autant incisive qu’intelligente. A propos du montage, Damian Szifrón expliquait dans une interview consacrée à Filmmaker Magazine : « C’était une tâche très difficile de choisir les plans tournés, parce que les comédiens étaient si incroyables ! Nous avions réalisé trois différents montages pour le film, avec différents plans. Nous les avons tous regardés, et nous avons fini par choisir celui que nous préférions ». Cela reflète le long processus de création qu’a exigé le film, et le soin minutieux apporté par le cinéaste argentin à son œuvre.
Damian Szifrón, qui prend un plaisir évident à esquisser ces différentes histoires, a réussi donc à dépoussiérer les sentiers humoristiques, et à leur redonner couleurs et modernité. Et il y avait bien longtemps que n’avions pas laissé échapper autant d’éclats de rires. Alors que l’humour a été violemment écorché ces derniers jours, Les nouveaux sauvages est l’énième preuve que oui, nous avons encore la force de rire. De tout.

Les nouveaux sauvages
écrit et réalisé par Damian Szifrón
avec Ricardo Dain, Oscar Martinez, Erica Rivas, Leonardo Sbaraglia
musique de Gustavo Santaolalla
photographie de Javier Julia
montage de Pablo Barbieri Carrera et Damian Szifrón
distribué en France par Warner Bros

Affiche Les nouveaux sauvages, de Damian Szifron

Publicités

Commentez cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s