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[NOTRE AVIS] Spartacus et Cassandra : documentaire poignant sur les choix de l’enfance

Pour son premier film, Ioanis Nuguet plonge dans l’univers familial à travers le regard de deux enfants rroms : Spartacus et Cassandra. Une œuvre intime et bouleversante, présentée l’an dernier à l’ACID, qui sort en salles le 11 février, et qu’il ne faut surtout pas rater.

Spartacus et Cassandra, de Ioanis Nuguet (ACID 2014)

Un père alcoolique. Une mère qui ne sourit plus. De la pauvreté. C’est le contexte au milieu duquel grandissent Spartacus, treize ans, et sa sœur Cassandra, onze ans. Ils ont quitté la Roumanie pour venir trouver le paradis en France. L’illusion s’est vite volatilisée : la pauvreté les a poursuivis. Les deux mômes sont alors pris sous l’aile de Camille, une jeune trapéziste de vingt-et-un an, qui s’acharnera pour les tirer de la rue, et leur donner une chance sur les bancs de l’école. Mais Spartacus et Cassandra se retrouvent vite confrontés à un choix difficile. Il faudra se décider entre leurs parents, ou un avenir plus confortable en famille d’accueil.
Face à ce choix, plusieurs interrogations s’accumulent, autant dans l’esprit de ces enfants que dans celui du spectateur. Des questions parfois contradictoires, car l’on ne sait pas très bien à qui il faut donner raison. Peut-on arracher ces bambins de leur famille et de leurs racines ? Et au contraire, a-t-on le droit de ne rien faire, et de ne pas leur donner une chance ? A travers le prisme de l’enfance Ioanis Nuguet parvient à atteindre son but : initier tout au long de son film une réflexion importante sur la famille, les choix liés à l’enfance, et la construction de l’avenir de l’enfant. En parallèle, il expose également la vie rude et inhumaine des familles rroms, partagées entre la poursuite naïve d’idéaux et l’amère réalité qui leur revient toujours.

Spartacus et Cassandra

Le film embrasse donc plusieurs thèmes, souvent délicats et sujets à débats, mais toujours avec beaucoup de délicatesse et une grande part de poésie. Le réalisateur a opté pour le support documentaire, et parvient à capter parfaitement et avec justesse les instants qui feront avancer son film. Sous prétexte de filmer la vérité, comme l’exige le format choisit, le cinéaste ne néglige pas pour autant l’aspect artistique de son film. Il joue avec l’alternance entre des séquences réalistes et des scènes plus lyriques. La caméra suit au plus près les faits et gestes des personnages, puis, l’instant d’après, filme un bout de visage ou le mouvement d’une ombre pendant qu’une voix off, celle de Spartacus ou sa sœur, déverse sur l’image des pensées enfouies. Cet assortiment dépoussière définitivement l’idée que le public se fait du documentaire. Spartacus et Cassandra n’a rien d’ennuyant. Au contraire, le film est conçu de façon à entretenir l’intérêt du spectateur. Ce qu’il ne connaît pas du contexte, il l’apprend au fur et à mesure du film, dans les paroles des intervenants. Chaque image porte en elle des mots, et ne laisse aucune place à des flous parasitant la compréhension de la situation. L’œuvre devient alors une argumentation complète et solide, idéale pour questionner le spectateur. Et afin de mieux faire pénétrer la réflexion qu’il souhaite transmettre, Ioanis Nuguet parvient à jouer sur la corde sensible de son public. Le film s’échappe des sentiers rigides et académiques du documentaire, et prend la liberté, dans sa structure narrative, de se rapprocher de la fiction. D’abord, l’intrigue nourrit progressivement la curiosité du public qui, fermement, attend le dénouement, c’est-à-dire le choix que vont faire ces mômes. Ensuite, le réalisateur n’omet pas de filmer toute l’émotion que se dégage de la situation vécue par ce frère et cette sœur. Parfois bouleversantes, certaines scènes de Spartacus et Cassandra aident le message de Ioanis Nuguet à infuser directement dans les cœurs. Un premier film poignant, et bouleversant.

Affiche de Spartacus et Cassandra (Ioanis Nuguet)

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