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[NOTRE AVIS] L’affaire SK1 : premier film réussi, et très bon polar français

Premier film de Fréderic Tellier, L’affaire SK1 est une brillante entrée en matière dans le monde pourtant souvent dévasté du polar français. Les propositions dans le genre sont nombreuses, les réussites le sont moins.

Raphaël Personnaz dans L'affaire SK1

L’affaire SK1 pourrait être un polar « à la française » comme on en faisait dans les années 60-70. D’ailleurs, dans le bureau de la brigade du 36 quai des orfèvres, où nous suivons les pérégrinations d’un groupe de flics, les plus vigilant d’entre vous repéreront l’affiche de Mélodie en sous-sol, figure emblématique du polar français, porté par Gabin et Delon. Le polar noir de Frédéric Tellier pourrait donc presque être une œuvre de Melville ou d’Allegret. L’excellent Olivier Gourmet campe un personnage que Gabin n’aurait pas boudé; Michel Vuillermoz, acteur de composition, pourrait être un lointain parent de Bernard Blier; Nathalie Baye remplacerait une Simone Signoret en fin de carrière; Raphaël Personnaz en jeune premier, mi gendre idéal mi flic tourmenté nous rappellerait les débuts de Delon. Mais le film s’attaque à l’une des affaires criminelles les plus sordides des vingt dernières années. Il s’agissait donc pour le cinéaste de restituer à l’écran la tension qui a présidé au sein de la longue enquête de l’affaire Guy George avec la subtilité qui sied à une histoire dont les principaux protagonistes sont encore de ce monde.

Sur les toits de Paris (L'affaire SK1)

A l’instar de Bertrand Tavernier et de son L.627 (autre affiche que l’on retrouve placardée dans le film), Frédéric Tellier s’est imposé un très lourd travail de documentation. Il ne nous donne pas un aperçu fantasmé et surdramatisé du monde de la police mais nous impose plutôt une plongée réaliste dans le quotidien de la brigade criminelle la plus célèbre de France. En filmant Paris, ses rues, ses galeries de métro, ses toits et son fameux Quai des Orfèvres, le cinéaste réussi à nous faire vivre l’enquête et à nous plonger au cœur de l’intrigue. Comme souvent dans les films policiers, la réussite repose essentiellement sur l’écriture et l’interprétation. Il faut bien admettre que le casting (étape cruciale prédestinant la mise en scène) est on ne peut plus luxueux. Les comédiens livrent tous une composition très crédible, très juste, jamais trop appuyée. La direction d’acteur du cinéaste permet d’éviter les clichés de flics au lourd passé (version Gérard Lanvin) pour nous restituer avec justesse les tourments vécus par ceux et celles qui enquêtent sur les crimes les plus sordides. Le montage en miroir balance entre les rouages de l’enquête et le procès de l’assassin, défendu par ses deux avocats.

Le procès mené par Nathalie Baye (L'affaire SK1)

Si le film emporte l’adhésion, c’est en grande partie grâce au regard qu’il pose sur l’accusé, Guy Georges. Le film n’est jamais à charge, n’est pas là pour accabler ou condamner. Adama Niane, le comédien sur les épaules duquel reposait la délicate tâche d’interpréter celui qu’on appelait « le tueur de l’est parisien » réussi à restituer les traits complexes d’un homme devenu criminel. A l’instar des propos tenu par son avocate (interprétée par Nathalie Baye), le film tente de traquer l’homme derrière le monstre, et peut rappeler en cela la démarche de Truman Capote dans son chef d’œuvre De sang froid. Il ne s’agit en rien de pardonner ou de relativiser l’horreur, mais de tenter une ébauche de compréhension de ce qui peut amener un homme à devenir un monstre. A cet égard, les séquences de tête à tête (les scènes d’interrogatoire et d’aveux entre Personnaz et Niane) sont saisissantes. Si le scénario est vif et ne laisse pas de temps mort, c’est par la mise en scène de Tellier que les émotions, les tourments, l’angoisse peuvent s’installer. Le soin apporté aux seconds rôles, aux dialogues et à la photo, s’il reste d’une grande sobriété et ne revendique pas le brio des polars de David Fincher par exemple, permet au spectateur d’être happé par cette histoire.

L’affaire SK1 mérite donc qu’on s’attache à louer le travail important réalisé par le cinéaste. Le film policier est souvent le parent pauvre du cinéma. Même dans les meilleures réussites les films policiers peinent à s’attirer l’intérêt de la critique et, comme la comédie, est souvent relégué au statut de cinéma populaire et donc secondaire. Notre soucis de défendre le bon cinéma, qu’il soit populaire ou plus audacieux, nous pousse indubitablement à conseiller ce film et nous rend impatient de découvrir ce que ce cinéaste aura à proposer par la suite.

Affiche de L'affaire SK1

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