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[NOTRE AVIS] Le dernier coup de marteau, second long métrage d’Alix Delaporte

Après Angèle et Tony, son premier long métrage, Alix Delaporte confirme le talent de son premier coup d’essai par un second film modeste mais très touchant.

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La jeune cinéaste française retrouve ici le couple d’acteur de son premier long : la fragile, toujours au bord de la rupture, Clothilde Hesme et l’épais morceau de chair finalement plus attendri que sa rusticité pourrait le laisser penser, Gregory Gadebois. Si l’on ajoute à ces deux talentueux comédiens le jeu très juste du jeune Romain Paul (prix du meilleur jeune acteur au festival de Venise) nous obtenons là le premier ingrédient central de cette très agréable recette qu’est ce film.  Angèle et Tony était une longue fugue ou deux destinés se rapprochait lentement pour une coda en forme d’union. Dans Le dernier coup de marteau, la cinéaste filme cette fois un couple brisé, dont Victor, le fils, n’est plus que la seule trace de leur lointaine union. Aucun plan dans le film ne réunira les deux parents de Victor, qui lutte de son côté pour que sa mère continue de se battre contre une grave maladie et, parallèlement, part à la conquête d’un père quasi-inconnu, de passage à Montpelier, la ville où vivent le jeune garçon et sa mère.

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Entre le marteau des douloureuses ruptures conjugales ou familiales et l’enclume des réalités sociales qui s’imposent à chacun se meuvent des hommes, des femmes et des enfants, qui tentent de jouer leur partition au mieux. Il suffit de peu de coup de crayon à la cinéaste pour peindre ses personnages et leur ancrage social et psychologique. Elle, fragilisée par une maladie face à laquelle le combat continue, vivote dans un mobile home et peine à apporter le nécessaire vital à son fils. Ce dernier, doué pour le football au point que son coach semble persuadé qu’il peut être recruté par le centre de formation du club montpelliérain,  est aussi opiniâtre qu’énigmatique, en pleine construction et découverte de que la vie peut être. Quand au père, homme charismatique et réputé dans le monde de la musique, il semble froid, distant et indifférent puis se révèle peu à peu touché par cet enfant qu’il ne peut tout à fait considérer comme son fils. Le film arbore un rythme relativement lent mais ne se perd pas dans le bavardage. Quatre-vingt-dix minutes suffisent pour tresser ces trois destinés et entremêler l’histoire de cette famille décomposée. Bercé par la sublime symphonie n°6 de Gustav Mahler, c’est comme l’enfant découvrant peu à peu les joies de la musique classique, que nous entrons dans ce film, qui ne cesse de prendre de l’ampleur à chaque scène. Alix Delaporte se situe dans cette grande tradition française (Rohmer, Pialat, Sautet…) qui sait mieux que personne raconter des « petites histoires », parler des « petites gens » en saisissant ce qu’il y a d’universel, sans pour autant tomber dans le péremptoire. Mahler décida de retirer le troisième et dernier coup de marteau de sa symphonie pour enrayer la spirale mortifère qui s’abattait sur lui à cette époque de sa vie. De notre côté, nous sommes fin prêts à recevoir le troisième coup de marteau d’Alix Delaporte qui, nous l’espérons ce sera pas le dernier.

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