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[NOTRE AVIS] Titli, une chronique indienne

Sélectionné à Un certain regard lors de l’édition 2014 du festival cannois, le premier long métrage de l’indien Kanu Behl, Titli une chronique indienne a enfin débarqué sur nos écrans.

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Regardons dans le rétroviseur pour savourer un film qui avait fait son petit bout de sensation durant l’édition du Festival de Cannes 2014, il y a déjà plus d’un an. Premier film de son réalisateur, Kanu Behl, ce premier essai (parfaitement transformé) est bourré de promesses. Si vous non plus, vous ne goutez pas vraiment au cinéma bollywoodien à base d’histoires mièvrement romantiques et sur fond de décors toujours surfaits, ou que vous soyez convaincu que l’Inde, ce beau et grand pays, revêt bien plus de profondeur et de complexité que ne veulent nous le faire croire les vendeurs de folklore, alors jetez-vous sur Titli.

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Titli est un film dans lequel on se lave les dents en famille. Pas eu le temps de passer chez le psychanalyste du coin pour obtenir quelques bribes d’explications analytiques, de significations freudo-lacaniennes à l’exhibition impudique de ce rite hygiénique. Alors pérorons et perdons-nous en conjecture : le lavage incessant des dentitions, avec son inarrêtable flux de dentifrice qui coule le long des lèvres, pourrait être un synonyme, une allégorie, des blessures enfouies, des salissures intérieures que chaque membre de cette famille indienne lave, sans cesse, et chacun à son tour.

Comme le montre la (ravissante) affiche du film, Titli (qui se traduit « papillon » en indien) est un jeune homme littéralement coincé entre ses deux frères. La délinquance familiale, encouragée ou chapotée par un père mystérieux et inquiétant, étant le pain quotidien de ce jeune homme, celui-ci aspire plus à l’évasion et l’entreprise individuelle (il rêve d’acheter un grand parking) qu’aux larcins de ses deux éclopés de frangins. C’est finalement un mariage très arrangé avec la belle Neelu, qui sur la base d’un pacte scellé entre eux deux (elle lui permet d’obtenir la dot nécessaire à son rêve, il lui offre la possibilité de vivre son idylle avec son « véritable » amant, Prince), bousculera le destin de toute la famille.

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Héritier d’un cinéma très réaliste, Kanu Behl nous donne la température des espaces urbains et péri urbain de ce pays « en voie de développement » dans un film qui transpire de vérité à chaque seconde. La violence y règne comme un des maux d’une société où faire sa place passe toujours par la mise en acte d’une violence à laquelle il est difficile d’échapper. A l’instar du personnage d’Oscar Isaac dans le décidément mémorable A most violent year, Titli se bat contre lui-même (avec plus ou moins de réussite) pour ne pas nourrir ses pulsions et céder à certains travers familiaux faisant couler le sang.  La caméra s’installe au cœur du sac de nœud qui entrelace les membres de cette famille dont Titli est l’objet central, celui par lequel les lignes ont une chance de pouvoir bouger. Histoire d’amour, histoire sociale, film violent et émouvant, acteurs habités par leur rôle et metteur en scène arrivé à maturité, sont autant d’ingrédients qui font de cette chronique indienne, l’une des belles surprises de cette première moitié d’année.

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